Echovert, Empègues, Flan et Estrangladou … entre autres

Pas mal de sujets aujourd’hui sur cette étape de 25km, ouille aïe. Commençons par l’Echovert du nom du gîte où je suis arrivé hier soir. Lieu étonnant qui est issu d’un projet, Alter’eco 30. Voir la documentation du projet ici. De l’idée à la réalisation il ne reste plus beaucoup en état de fonctionnement mais ce sont des convaincus. On a mangé bio le soir, dormi soit dans des roulottes ou des abris en murs de torchis, et utilisé de vraies toilettes sèches (voir la notice ci dessous). Pour une nuit c’était suffisant, je ne passerais pas les vacances. Néanmoins deux jeunes ingénieures en énergies renouvelables (Perpignan), Faustine et Manon, sont arrivées aussi le même soir pour 2 semaines de Woofing, vivre et apprendre dans des fermes bio. Donc ça continue. Moi j’ai dormi sous un plafond collé de dessins fluorescents, c’était la voie lactée.

Après un bon petit dej au pain aux noix et noisettes raisins secs départ 8h30, je retrouverai ce soir Thomas et Lucas, ainsi que Anne-Sophie qui était à St Gilles, au gîte de Saint Christol

Le chemin est assez buccolique au départ, on traverse des champs, des vignes. Sur un pont l’eau est si claire qu’on voit une poignée de poissons, des truites ??? Dans une rangée de cactus je surprend un escargot (je suis très héliciculture) qui va se gratter l’épiderme sur des épines bien pointues ! Plus loin c’est un champ de courgettes mures qui ne vont pas tarder à être récoltées. Je commence à trouver des parfums de la nature, les figuiers et amandiers sont très présents, alors que nous étions encore dans des petites villes jusqu’à présent.

Avant d’entrer dans Codognan je traverse le canal Philippe Lamour, et une fois dans la ville je trouve partout ces pochoirs sur les murs ou boîtiers techniques des maisons. Je demande une explication à deux policiers municipaux arrêtés à un stop : ces sont des empègues. Dont voici la raison : L’étymologie du mot est occitane, « empeguar » signifiant « coller ». La racine du mot est « pègue » qui désigne toutes sortes de colles.

Ces dessins sont réalisés par les jeunes du village, les Abats, dans le cadre des fêtes votives des pays de la Petite Camargue, des Costières et de la Vaunage. Au début du XXe siècle, il s’agissait de fêter le départ pour le service national des jeunes hommes qui venaient d’avoir 18 ans. C’étaient les conscrits de « la classe » d’âge. De nos jours, ce sont souvent les équipes de jeunes (filles et garçons) organisés en bandes portant le même t-shirt qui, pour financer leurs réjouissances passent de maisons en maisons vendre « le fougasset ».

Bref c’est comme Halloween, mais avec les sous les jeunes vont faire la fête !!

A la sortie de Codignan pause café, le premier depuis dimanche, et je ne peux pas manquer de prendre un flan, le meilleur du département selon les amateurs.

Petit rappel : 1600km vers St Jacques, je n’en ferai que 828 … c’est bien déjà. Et puis au moment de tourner à gauche sur la carte je zigzag … impossible de trouver le chemin entre une décharge et un champs labouré … Et bien en fait le tracteur que je vois est pris en flagrant délit de labourage du chemin !!! Comment agrandir son champs à pas cher … grrr …

Après cet épisode je reprends les études sur les papillons avec ce spécimen ainsi que quelques escargots réfugiés au creux d’un arbre alors que les températures montent. A Gallargues le Montueux, dont je comprendrai le nom en m’en éloignant, je trouve cet ancien hôpital et accueil de pèlerins sur la voie de Saint Jacques. Et juste à côté le restaurant du croc-au-sel, quelques spécialistes s’y reconnaîtront je les laisse discuter du sujet … un heron au croc-au-sel aurait déjà été cuisiné.

La mairie de Gallargues mets tout en œuvre pour préparer les festivités de début mai avec lâcher de bêtes à cornes (pas les escargots) en ville : des barrières sont prévues un peu partout, impressionnant.

Après avoir descendu le mont de Gallargues, on comprend mieux le nom que porte la ville de loin, je cherche un coin ombragé et frais pour le déjeuner. Filament c’est au pied d’un ancien pont romain sous un gros chêne que je m’arrête. Et je peux enfin déguster mon meilleur flan du département, @seb si tu lis ces lignes …

Après quoi je repars rassasié. A la sortie de Villetelle peu avant mon arrivée sur Saint Christol, je trouve cette petite rue au nom inquiétant et je comprends mieux en voyant qu’elle est réservée aux seuls riverains : étranger passe ton chemin … Je me disais que le chemin était un peu trop brumeux quand au détour d’un virage on enchaîne sur un chemin cahoteux, encombré de cailloux ou plutôt de blocs de pierre encastrés verticalement : je me félicite d’avoir des chaussures Hang Van qui me tiennent bien la cheville. C’est un jeu d’équilibriste à chaque pas. Et en plus un rigolo propose un jeu d’équilibriste pour marmottes juste avant d’entamer une belle côte. Mais le chemin en vaut la peine. Vue magnifique sur la Roque de St Sériès.

Demain j’approche de Montpellier et du 1er mai : il va falloir gérer …

Au diable Vauvert !

Aller au diable Vauvert, c’est aller très loin. Et j’y suis à Vauvert au terme de cette étape. Mais il me reste pas mal de chemin pour atteindre la destination finale. Il y a d’autres explications sur cette expression, mais la ville de Vauvert en est une parmi celles-ci.

Donc celle-ci était assez courte avec 19km et quelques. Au départ, j’ai retrouvé sur les pavés de Saint Gilles une marque du chemin de Compostelle, la même qu’au pied de la tour Saint Jacques à Paris. À la sortie de la ville, il faut emprunter le chemin du cougourlier, nom d’un marais dans lequel les manades locales ont leurs taureaux d’élevage. Le profil du marcheur prodigue des indications sur la direction et les distances avant les prochaines étapes. Et cette belle vache n’est pas de celles qui courent dans les arènes, elle est plutôt comme ses copines de l’Aubrac.

Les cultures du coin sont uniquement de la vigne et des vergers d’abricot, de cerisiers. Et étonnamment, des vignes nouvelles sont encore plantées…

Un patou surveille nonchalamment la route que nous empruntons et j’avoue ne jamais être à l’aise avec ces chiens… je passe bien à l’écart. Le chemin nous fait suivre un canal qui irrigue ces immenses plantations, d’énormes barrières gèrent le débit.

Les hirondelles filent sur ce canal et se réfugient sous les ponts pour nicher.

.

À mi-chemin entre St Gilles et Vauvert, un nouveau marcheur nous fait signe. La région Occitanie, dont la croix orne les ponts, consacre bien ce parcours en organisant les balises de direction. Ce rouleau croisé en chemin conviendrait parfaitement pour aplanir mon gazon aussi bien que notre piste d’aéromodélisme au sein de mon club.

Les travaux agricoles dans les parcelles vont bon train ce matin, pas contre-méfiance avec les dispersions de fongicide sur les arbres fruitiers… Les conducteurs d’engins sont équipés de masques à gaz qui n’ont rien à envier à ceux de 14-18 !

Et voici les chevaux et les vaches typiques de la région de la Camargue qui se trouve à moins de 10km. D’ailleurs, les moustiques sont bien présents aussi.

En arrivant sur Vauvert, je ne manque pas cette fleur d’églantier et ce figuier dont les odeurs sont si douces. Je déjeune d’un sandwich en compagnie d’un personnage qui nous accueille à l’entrée de la ville sur le chemin.

Une fois entré dans la ville ce sont des pavés de la voie Tolosana, nom consacré de la voie d’Arles, que je retrouve. Bizarrement je coupe la rue Barbes mais je ne suis pas à Paris !!!

Il y a Vauvert un arène de courses de taureaux, je ne pense pas qu’il y ait des corridas. Néanmoins en face de l’entrée des arènes, de l’autre côté du parking, on trouve un vétérinaire !!! Pas vu de plaque pour un médecin ….

2km après Vauvert me voici rendu dans le gîte Echo-vert de ce soir … c’est un peu la cour des miracles. On verra demain !

Vers Saint Gilles

Départ ce matin vers St Gilles après une photo de groupe.

Gabriella, Bénédicte et Simone

La première étape annonce 22 ou 23km, pour une mise en jambe c’est long. Et la météo s’annonce belle et chaude.

La sortie d’Arles se fait en longeant le Rhône et nous le traversons au pont de Trinquetaille. Puis direction Fourque et le GR42, variante du GR 653, qui nous amène sur les berges du petit Rhône. Je le suivrai seul, les filles sont plus lentes et discutent. Des pompes au diesel alimentent directement du petit Rhône en eau les champs de l’autre côté de la digue. Les sillons sont alignés côte a côte et l’eau est diffusée par compte gouttes.

Le paysage sera monotone toute la matinée ainsi et le soleil monte à la verticale en chauffant de plus en plus. Chaque occasion de se distraire est bonne, un avion, un Canadair, un escargot ou un lièvre détalant dans les vignes.

Première coquille du chemin vers compostelle trouvée sur une des nombreuses barrières bloquant l’accès à la digue. En contre bas de la digue il y a de temps en temps des mas, fermes des cultivateurs locaux, et aussi cette très belle villa avec piscine … La chaleur me donne envie d’y plonger mais c’est déjà l’heure du dej et de la pause. 13km parcourus à midi c’est bien. L’ombre d’un arbre apporte un peu de répit avec le soleil mais ils sont bien rares.

En traversant le petit Rhône pour me retrouver sur la bonne rive vers St Gilles je change de département, c’est le Gard désormais après les Bouches du Rhône. Et je croise une silhouette familière.

St Gilles est la quatrième ville de pèlerinage au XIIeme siècle après Rome, Jérusalem et Saint Jacques de Compostelle. On le voit en arrivant dans celle ci avec toutes ces marques de coquilles visibles dans le mobilier urbain.

Une fois arrivé au gîte communal, petite visite de l’abbatial, la crypte immense qui est dessous,

A l’extérieur une tour a résisté à la révolution avec son escalier en colimaçon de pleines pierres, un monument visité par les spécialistes du sujet du monde entier : les pierres ont été taillées suivant la méthode de la stéréotomie. A cette époque pas d’ordi, ni d’impression 3d pour tester …

Demain étape un peu plus courte, direction le diable … mais vous en saurez plus demain.

Recommandation musicale du jour qui était de circonstance car je l’ai écoutée au bout d’une heure de marche …

Arles, ici Arles !

Le premier départ s’est fait de la maison, Véro m’ayant accompagné à la gare de Chessy, gare TGV, et lieu de villégiature estivale de quelques hirondelles. J’en vois de moins en moins … signe du réchauffement ou de la disparition des espèces ? Dans les deux cas ce n’est pas top …

Arrivé dans la ville du départ officiel après 4h de train. Et pour revenir 40 jours devant moi et 828km d’après Visorando, un point culminant à 1000m environ et autant de dénivelé positif que négatif. Les premiers jours seront plats, puis ce sera le parc naturel du haut languedoc et les flancs de la montagne noire du km 140 au km 320, avant Castres. J’ai donc une petite semaine pour me mettre en jambes, des étapes de 20km environ, avant les étapes plus corsées.

Mon premier parcours de longue distance en marchant date de 2023, de Paris à Saintes. En discutant avec une collègue de bureau, que je croisais parfois dans le bus de la défense à Bois Colombes, elle me racontait ses quelques jours de marche tous les ans avec un groupe d’amies sur la voie du Puy. Je pense que j’aimais marcher mais jamais sur de longues distances et longtemps.

Puis en 2022 je suis tombé par hasard sur une interview de Hervé Pochon, animateur interviewer de radio sur France Inter, qui expliquait que s’étant fait virer de celle-ci, pour cause de « jeunisme » dans les effectifs, il a dû se convertir. Et poussé par ses enfants il a adopté le format du podcast, en faisant des randonnées au long court durant lesquelles il rencontre et discute avec des inconnus. 2022 donc il se lance sur la voie de Tours, partant de chez lui puis la tour Saint Jacques vers Compostelle.

Du coup en 2023 je me lance et fait Paris-Saintes, 500km et un mois

2024 récidive sur la voie du Puy en Velay et je rallie Saint Jean Pied de Port, 800km et 40 jours.

Dans son podcast Hervé Pochon pose une question pour faire parler ses interlocuteurs : sur Compostelle quel est votre but ? Sur la diagonale du vide qu’est ce qui vous rend heureux ? Là il est reparti sur la méridienne, Dunkerque Perpignan, avec qui vous inspire ?

Je peux dire que Hervé Pochon m’a inspiré pour me lancer dans ces marches : c’est possible, on sort d’une zone de confort, on reprend contact avec l’essentiel, on se rapproche de sa famille et ses amis en s’éloignant, bizarre mais concret.

Et me voici arrivé à destination, hébergé chez Bénédicte, recommandée par le guide MiamMiam-DoDo, Bible du marcheur de chemins.

Après un Inoui (TGV) et deux Zou (TER), et oui ça ne s’invente pas, l’après midi une fois arrivé en Arles (les arlésiens disent à Arles) est consacré à la visite de la ville.

Les arènes, le théâtre antique et son jardin d’été attenant, le cloître Saint Trophisme (excellent pour sa fraîcheur dès que les degrés montent), le parc des ateliers avec sa tour luma et son parc, et enfin le Alyscamp. Je vous mets tout cela en photo, agrémenté de fleurs et batraciens :

La recommandation musicale du jour m’a été soufflée, elle est une création de 1963, une bonne année. Bob n’était pas très optimiste déjà …

Après une journée de 10km dans la ville le dîner de Bénédicte fut délicieux, en discussion avec deux autres hôtes au départ de Arles demain matin. Avec ce nouveau jour commencera le parcours …

Toutes et tous là

En ce dernier matin sur le chemin, celui qui maintenant va me ramener vers mon village, j’observe le ciel et me dit que Rachel, venue des USA, va avoir fort à faire en ce premier jour vers Roncevaux, étape de +20km en montée tout le temps. Sa détermination et son enthousiasme au départ l’emporteront sur l’adversité de la météo sûrement. Dernier selfie avec Odile et Didier qui ont partagé avec moi les 3 derniers jours et un peu plus avant.

Avant de rejoindre la gare j’ai du temps. Je fais le tour des remparts de SJPP, je ne sais plus si les nuages arrivent ou partent… en tout cas il y a de la masse d’eau ! Un salut au pèlerin mécanique qui trône face à la gare, je célèbre le départ avec un délicieux gâteau basque (Thierry pas d’abus de pâtisserie lorsque tu y seras … 😂). Et voilà le TER qui m’emmènera quelques instants plus tard.

Au long des 40 jours passés j’ai pris soin de noter tous les prénoms de celles et ceux avec qui j’ai échangé, pèlerins et marcheurs, hébergeurs. Ils ont tous enrichi mon quotidien, expérience très différente de la voie de Tours en 2023. J’ai mis en exergue ceux que j’ai côtoyé plus longuement, en marchant ou dans les gîtes, avec qui nous avons devisé et rigolé, pris des photos, partagé un verre, un repas ou un simple sandwich.

En guise de dernière recommandation musicale je remercie Max (qui s’appelle Gilles de son prénom et André de son nom … je sais et il sait cela fait beaucoup de personnes dans un même corps … 🤣🤣) de m’avoir suggéré ce morceau que j’ai vainement cherché durant des jours. Je me rappelais que la chanson parlait de souliers mais je n’étais pas parvenu à la localiser. Correction apportée donc et la voici :

Merci à vous tous, ainsi qu’à mes proches pour leur soutien régulier, et aux lecteurs qui auront eu du plaisir et envie peut être en lisant ces lignes.

Isabelle, Brigitte, Amélie, Thierry, Christine, Clara, Rosalie, Vincent, Gladys, Marylène et Isabelle (Arcachon), Fanny, Medhi, Christine, Thierry, Magali, Isabelle et Maud (Tournai), Étienne, Jacques, Jean, Thierry, Jesus, Evan (19 ans), Munakata (japon), Anne, Jean-christophe, Violaine (Quebec), Priyem et Cécile et Edith, Eric, Diana et Carrie (UK), Jean-Christophe, Fabienne, Stéphane, Clément, Marie (Dallas), Kelly et Elly et Suzanne (Californie), Sylvie (les Gentianes), Michèle et Robert, Isabelle et Nicole, Rodrigo (Mexico), Yoon (corée du sud), Edouard (Belgo Irlandais), Michele & Robert, Sophie & Gaëtan, José, Thierry, Alexandre et Marine, Nolwen, Angélique, Isabelle, Benjamine, Laure, Barbara, Sarah (de Hazebrouck), Sylvie et Christophe (de Cassel), Gilbert, Alexandra, Rachel, Samy, Pierre & Véronique & Samuel & Noémie, Hélène, Fabien (ronfleur hors catégorie), Jean-Claude & Fabien, Anette, Audrey & Manu, Claire, Aude, Céline & Sébastien, Nathalie & Manu, Bruno, Séverine, Philippe, Ernest & Doris, Pô, Phong, Cindy, Theresa, Anne-Marie, Christiane, Edith, Sophie, Patrick, Noëlle, Alain, Jean-Michel, Christine, Gisèle & Christian, Christine, Elisabeth & Gabriel, Etienne. Martíne, Isabelle, Laurette, Valérie, Colette, Suzanne, Joël, Serge, Anthon, Louis, Clémentine, Christophe, Jeannot, Jean-François & Astrid, Suzanne & Astrid, Muriel, Elisabeth, Anne-Marie & Daniel, Philipe, Gary & Céline & Emmy, Valérie & Christine, Marlène et Sophie, Nicole, Laurent, Jean-Pierre, Odile & Didier, Ela, Sophie, Alain & Martine (ferme du Taulet), Sandrine & Laurence, Dirk, Agnès(10-9 au baby foot), Bernard, Marie-Laurence, Xavier, Isabelle & Céline & Krislaine (les bordelaises), Phillipe & Christine, Catherine, Franck & Christelle, Georges, Béatrice, Irene, Patricia Fanny, Christine, Jean-Michel, Dominique, Marjolaine, Maiel, Gilles, Patrice, Viviane, Geneviève, Isabelle, Claudine, Jean-Gaétan l’Alchimiste (), Julie, Nadine, Bruno, Jean-Lou, Christine & Marcel, Tuyet Lan, Amélia & Alain, Serge, Christine, Charles & Anne-Gaelle, Flore, Joseph, Andrew (usa), Stéphane, Rachel (usa), Noël & Liliane (irlande), Kim (Corée), Anne, Hugues, Pascal, Stéphane, Pascale, Kristel.

This is the end …

Fin du chemin ce soir avec l’arrivée à SJPP (Saint Jean pied-de-port). Distance estimée environ 20km, je reste dans les standards que je me suis imposé pour être au mieux durant ces 40 jours (39 précisément).

Au moment du petit déjeuner vers 7h ce matin le jour levé laissait voir des nuages bas dans les collines au loin. Le sac à dos est préparé, vérifié une dernière fois. Tout y est, les pommes pour la pause du matin et le midi, les lunettes, les papiers, bâtons, poche d’eau remplie. Moi même je suis ok, écharpe japonaise autour du cou, c’est parti il est 8h et départ le plus matinal depuis le début. Le soleil joue au travers des nuages et rapidement il percera totalement. La météo était favorable, sur cette fin de semaine nous avons déjoué tous les pronostics annonçant de la pluie de mercredi à samedi. Tant mieux.

Peu après avoir quitté Izarrak je vois arriver Nadine et son chien. Elle vient de Suisse Allemagne (merci Thierry de cette précision), voyage avec lui (tranquillité garantie pour elle !) et bien sûr doit lui porter de quoi le nourrir. Le ciel est magnifique avec ces nuages qui se déchirent en grosses boules de ouate, pour finalement laisser un ciel totalement bleu. C’est le pays basque. Et cela ne saurait durer, c’est ça aussi le pays basque.

Le chemin sinue sur un parcours longeant la route D933, reliant St Palais à SJPP, et passe à travers les fermes parfois. Nous sommes à la campagne complètement. Sur les 20km il n’y en a déjà plus que 16 à parcourir vers 9h15. La pluie de la nuit a laissé deux escargots étourdis dans leurs ébats nocturnes …

Comme je le disais en pays basque le ciel évolue très vite. Pour preuve il suffit de voir les heures de prise de vue des 3 photos ci-dessous. Vers 10h30 c’est l’heure de la pause, chocolatine prise à la boulangerie de Larceveau (pain au chocolat pour les non initiés) avec le sandwich de ce midi, et banane d’hier. J’en profite pour observer la manœuvre de déplacement d’un grand troupeau de moutons prenant possession de son nouveau pâturage. En repartant je constate m’être arrêté juste avant une « pose » café pour les pèlerins. Vu le panneau 😂😂 et l’état du lieu de la «  pose » je me satisfais de mon choix initial.

Vers 11h30 ciel bleu et nuages continuent de se disputer la présence au plafond. Les rapaces, ici un groupe de vautours je pense, profitent des ascendances thermiques monstrueuses qui se développent. J’ai surement passé un tiers du temps ce jour à les regarder en l’air tout en marchant, fasciné par leur facilité de navigation et la beauté du vol.

Je ne résiste pas à partager un bout de vidéo, d’abord un vautour, puis un milan je pense. Regardez comme les ailes et la queue sont différents.

Arrivé à Saint le Vieux, 4km avant SJPP, soit après 17km vers 12:15, c’est la pause déjeuner de 30 minutes. Un bar met à disposition des tables de pique nique, je consomme, il faut faire tourner le commerce sympa ! Petit tour à l’église, très caractéristique dans son architecture intérieure avec les balcons.

Je finalise le bestiaire de ce chemin avec quelques chevaux et poney, Jean- Marc, Jean-Michel et Jean-Luc, qui m’ont tous fait risette. Une dernière église à Saint Jean le vieux.

Et c’est sous un ciel clément que j’arrive à SJPP, par la porte St Jacques, cela va de soi. Heureux d’être parvenu à ce point, après quelques 770km. Dernière étape à un rythme bien soutenu. Les pèlerins font la queue pour l’ouverture du bureau d’accueil local pour obtenir renseignements et tampon sur la crédenciale. Je me joindrai à eux pour le coup de tampon final. On distingue deux catégories de pèlerins : ceux propres qui vont partir de SJPP vers l’Espagne. Un bon paquet dont pas mal d’étrangers de toutes origines. Rien qu’au gîte : coréenne, américaine, hollandais. Et ceux plus crottés qui terminent ou sont juste à l’étape en ayant fait face à la pluie et la boue les jours précédents. Le gîte est juste sur l’autre trottoir de la rue, face au local à tampon.

Petit tourisme rapide avant la douche au gîte, église, pont, puis une bière. Plus tard une fois pomponné et présentable ce sera un gâteau, le chaumontais (meringue avec de la crème pralinée et des amandes), au salon de thé recommandé par Amélia hier, Artizarra : un réconfort très satisfaisant. Demain retour et dernier billet de ce blog.

Recommendation musicale de ce jour particulier


https://www.visorando.com/randonnee-50339548/

Ostabat, aux portes de SJPP

Me voici arrivé à la veille de la dernière étape, demain vers Saint Jean pied-de-port. Et d’abord ce matin je quitte Bohoteguia et l’accueil chaleureux de Manu et Simone. Le temps est clairement pluvieux. Je rejoins Thierry qui est au gîte municipal de Aroue à un peu plus d’un km. Cape de rigueur, il devrait pleuvoir plus fort. La couverture nuageuse n’est pas engageante en effet.

Les nuages en pays basque sont étonnants, très gros, très hauts et bas en même temps. La chaleur du sol conjuguée à l’humidité produit des effets de cocotte minute. Une paire de canards qui manquaient à mon bestiaire se prête à la photo. Le gros a l’air assez âgé et se déplace avec la lenteur qui convient. Les bâtisses ici sont très belles, tout y est ordonné et propre. Et les panneaux traduits en langue locale, y compris St Jacques de Compostelle.

Au bout de 10km, le temps est redevenu clément rapidement et nous nous accordons une pause café vers 11h30 et 14km. Près d’un mur de pelote à Larribar un commerce ambulant a garé sa remorque réparatrice. Non contente de proposer du café la commerçante fait un excellent pain d’épices et des pâtes de fruit. Je ne résiste pas. Aussitôt ouverts aussitôt dévorés …

Les minutes passant nous sommes rejoints par de petits groupes en mode chapelet. Astrid et Suzanne arrivent. Après discussion nous nous fixons aussi pour le déjeuner. Paté de foie gras de canard, sardines, un bout de fromage de Thierry, du pain, pommes, il y a de quoi se sustenter. Après cette halte réparatrice nous repartons avec Thierry, traversée de la Bidouze, et petite côte vers la stéle de Gibraltar. Deux énormes camions d’EDF garés devant celle-ci nous empêchent de bien la voir, une prise de vue de coté sera seulement possible. Et puis dernière photo souvenir sur le chemin avec Thierry. Il va remonter vers St Palais, pour partager un week end de marche avec des amis sur son chemin. Moi je file vers SJPP. J’ai vraiment apprécié les journées partagées avec Thierry, on a bien rit au long des 37 jours durant lesquels nous avons essaimé des moments d’échanges, des soirées en gîte, ainsi qu’avec les amies rencontrées durant ces jours, Clara, Rosalie, Maud, Angélique. On se reverra sur Paris avec plaisir et je vais suivre sa progression. Buen Camino Thierry.

Dernière difficulté du jour la montée vers la chapelle de Soyarza, au sommet d’une colline qui domine les vallées alentours et celle d’Ostabat, destination de ce soir. En montant on découvre les paysages au loin. Vallées et montagnes sont dominés par des nuages tumultueux.

En haut la vue est magnifique, immense. Les photos ne rendent pas assez compte de la largueur de l’espace ni de sa hauteur. Une nuée de rapaces, des vautours, des milans, montent dans une colonne d’air chaud, puis ils dégagent et reviennent prés des pentes et recommencent.

Les oiseaux en vidéo.

Et c’est ensuite une descente vers le village d’Ostabat. Je ne traîne pas trop car les nuages bougent pas mal, s’agglomèrent bien et deviennent menaçant avec quelques gouttes éparses. En arrivant sur le site du gîte Izzarak (étoiles en basque), le ciel est gris. Peu après mon arrivée il tombera des seaux d’eau. Avant dernière étape d’une bonne distance. En y agitant la jonction de mon gîte à celui de Thierry ce matin je franchis les 25km, par contre on a pris le temps. En soirée le soleil est de retour, et en se couchant il flamboie sur un nuage.

Demain dernière étape, qui m’amènera à Saint Jean pied-de-port donc. Beau temps prévu par la météo, j’en profiterai au maximum pour goûter encore au plaisir d’être sur ce chemin, même si je me l’accorde rentrer dimanche à la maison me remplit de joie. Sur ce … Ultreia !!!

Beau Bohoteguia

Oui Bohoteguia c’est beau, on verra un peu plus tard. D’abord retour sur le départ ce matin de Navarrenx. Petit constat sur l’état des chaussures : un peu crottées encore, et il risque de pleuvoir, et la semelle du pied gauche expire doucement. Environ 1500km depuis 2023, il va falloir réchapper les pneumatiques. Avec le compère Thierry nous nous rendons chez le photographe Olivier Robinet avec qui nous avons rencard pour 8h30. L’objet : réaliser une vraie belle photo de pèlerin. Il en a réalisé une série que voici

https://www.facebook.com/share/r/pjdpH35weSyFhgfu/?mibextid=WC7FNe

J’en ai gardé une en fin de cette série. En chemin nous sommes hélés par Astrid qui a logé dans cette grande bâtisse, le gîte de l’Arsenal. Les photos extérieures ont été prises dans la cour intérieure de ce bâtiment.

Au départ le soleil est avec nous, je croise les doigts pour que cela dure. Des pèlerins d’époque nous montrent le chemin en sortant des fortifications en direction du pont sur le gave d’Oloron. Nous sommes à environ 20km de la destination du jour, distance idéale que j’ai toujours cherché à privilégier.

Nous sommes bien rentrés en pays basque, le ciel est blindé de cumulus qui filent. Certains sont menaçants et on se demande quand la pluie tombera. Les chemins en sous bois sont de nouveau imbibés d’eau. Les petits cours d’eau sont eux bien pleins aussi.

Les Pyrénées sont bien visibles maintenant, dans deux jours je serai quasiment au pied. Le temps est encore idéal pour marcher, température douce. Pause à la dernière épicerie gasconne avant le gîte de ce soir. J’ai prévu une demi baguette de pain, je prends un pâté de foie gras, Thierry un pâté de canard au Jurançon. C’est celui ci qui y passera le midi. On garde l’autre pour demain. Le front nuageux est clairement menaçant, nous allons plein ouest à sa rencontre. La vache, elle, s’en fiche totalement. On lui avait promis des trains a regarder, ce sont des pèlerins qu’elle compte.

Je ne prends pas garde à un changement de direction, et me voici devant l’église de Charre. Un petit tour autour puis devant. Je n’y trouve pas Thierry … je continue un peu, il a dû s’avancer. Photos des petites fleurs et je réalise être éloigné du chemin. 500m et donc 500m retour, un petit kilomètre pour des prunes. Là dessus un nuage crache toute son eau en un seul seau quasiment, juste le temps de mettre la cape et de me réfugier dans un abri bus providentiel. 10mn d’attente et c’est fini.

Je traverse le Saison, petite rivière, au loin les montagnes retiennent comme elles peuvent la masse de nuages, ce n’est pas infaillible. Je retrouve une partie de pèlerins réfugiés sous un préau attenant à l’église de Lichos. Un personnage sans doute important trône derrière l’autel en lieu et place d’un Christ habituel. Pas d’explication … On pique nique nos sandwichs au pâté de canard, un bout de fromage, une pomme et des raisins secs. Un nouveau seau d’eau nous est adressé … bien plein de grosses goutes et de grêle. C’est si fort que la différence de température avec le bitume provoque immédiatement un dégagement de vapeur …

Quand ça tombe … ça tombe … (jeu de mot … vous saisissez …🤣🤣🤣)

Une fois le déluge terminé, je suis allé en quête de Pierre Tombale pour le nettoyage et l’entretien … personne … toujours comme ça quand on en a besoin !! Les nuages en ont profité pour se regrouper et déguerpir, nous aussi. A quelques 2km du terme de cette journée une borne m’indique que je suis à deux jours de marche marquant l’issue de mon périple à St Jean Pied-de-Port. 2 ou 3 fleurs à haper dans le smartphone et voici Bohoteguia. Magnifique ferme basque entièrement rénovée en partant d’une ruine.

En image voici le cadre de ce soir, dernière lessive et le linge pourra sécher rapidement au vent et au soleil. Une belle journée finalement et sans être mouillé vraiment. Demain sera une autre aventure.

Petite petite petite étape

Afin d’arriver à St Jean pied de port en ayant des gîtes sur 3 nuits encore et avec des distances adéquates il m’a fallu concéder cette étape vers Navarrenx qui ne fait que 11km. Ça n’est pas pour me déplaire, d’autant que ce matin les jambes ont eu du mal à se mettre en route. D’habitude au bout de 2 ou 3km l’échauffement est ok, puis je peux marcher facilement à 4,5km heure, mais là je coinçais sous les 4. Pas grave de toute façon avec cette distance nous serons vite arrivés. Thierry filait toujours comme un lièvre, il a la forme, tant mieux pour la suite de son parcours.

Petit retour rapide sur le gîte d’hier, le dernier sans doute avec ce confort, plutôt chambre d’hôte d’ailleurs. Gilles nous a préparé un excellent repas pour nous 6. S’étaient jointes à nous 4 copines de danse de salsa en provenance de Manosque, Isabelle, Geneviève, Claudine et Viviane. Bonne ambiance hier soir. Thierry a tenté d’esquisser quelques pas de salsa … en progrès … un grand espoir des thés dansants parisiens pour cet automne.

Décollage 8h25, l’heure habituelle, Thierry a remonté le train d’atterrissage en mode protection contre les tiques. Nous avons salué quelques bovins. Attention toutes les bêtes à corne de ces photos ne sont pas des vaches : trouvez l’intrus …

Le ciel encore chargé du matin a fini par se dévoiler au bout d’une heure pour quelques trouées bleutées. Vu une nouvelle ardoise de l’alchimiste, de plus en plus curieux de voir le personnage au gîte ce soir.

Un peu plus de 2h30 plus tard nous voici face aux fortifications de Navarrenx. Un modèle à la Vauban mais construit bien avant que celui ci ne développe son architecture pour places fortes en France. Petite ville en surface nous en ferons rapidement le tour dans l’après midi.

Nous arrivons un jour de marché, le soleil aidant nous nous installons en terrasse. Un café et une chocolatine (pain au chocolat pour d’autres), puis une bière avant le repas. Ne pas se laisser abattre. Vers 15h direction le gîte de l’alchimiste.

Je dois dire que la maison a une déco très «  originale », dortoir sobre et fonctionnel. Le petit jardin est très mignon, des pointes d’humour avec cette tombe du pèlerin inconnu 😃.

Les aphorismes de l’alchimiste sont présents partout dans la maison avec pléthore de petites ardoises écrites. Un vrai marketing sous forme de teasing éveillant la curiosité.

Nous faisons ensuite le tour de la ville, notamment les fortifications, la poudrière, puis retour à l’église avant la pluie. Pendant que Thierry y suit une messe, je me joins à Pierre et son ami pour débuter l’accueil des pèlerins avec un petit verre de blanc du Tarn moelleux, un jurançon qui n’a pas l’appellation comme ils disent. Puis le basque et le béarnais entonnent des chants.

Je vous invite à écouter celui concernant le béret, interprété par Pierre sur YouTube. Pour info le petit bout du béret qui le finit au sommet s’appelle : le cabillo (prononcer « ou » à la fin).

A 19h30 nous rejoignons le gîte pour dîner, réunis à 14 autour d’une table, en se serrant un peu, devant une cheminée imposante. Demain nous entrons enfin au pays basque, la frontière avec le Béarn me semble un peu floue … il y a matière à discussion … ce qui est sûr c’est que je dormirai à Bohoteguia, et cela sonne bien basque.