Echovert, Empègues, Flan et Estrangladou … entre autres

Pas mal de sujets aujourd’hui sur cette étape de 25km, ouille aïe. Commençons par l’Echovert du nom du gîte où je suis arrivé hier soir. Lieu étonnant qui est issu d’un projet, Alter’eco 30. Voir la documentation du projet ici. De l’idée à la réalisation il ne reste plus beaucoup en état de fonctionnement mais ce sont des convaincus. On a mangé bio le soir, dormi soit dans des roulottes ou des abris en murs de torchis, et utilisé de vraies toilettes sèches (voir la notice ci dessous). Pour une nuit c’était suffisant, je ne passerais pas les vacances. Néanmoins deux jeunes ingénieures en énergies renouvelables (Perpignan), Faustine et Manon, sont arrivées aussi le même soir pour 2 semaines de Woofing, vivre et apprendre dans des fermes bio. Donc ça continue. Moi j’ai dormi sous un plafond collé de dessins fluorescents, c’était la voie lactée.

Après un bon petit dej au pain aux noix et noisettes raisins secs départ 8h30, je retrouverai ce soir Thomas et Lucas, ainsi que Anne-Sophie qui était à St Gilles, au gîte de Saint Christol

Le chemin est assez buccolique au départ, on traverse des champs, des vignes. Sur un pont l’eau est si claire qu’on voit une poignée de poissons, des truites ??? Dans une rangée de cactus je surprend un escargot (je suis très héliciculture) qui va se gratter l’épiderme sur des épines bien pointues ! Plus loin c’est un champ de courgettes mures qui ne vont pas tarder à être récoltées. Je commence à trouver des parfums de la nature, les figuiers et amandiers sont très présents, alors que nous étions encore dans des petites villes jusqu’à présent.

Avant d’entrer dans Codognan je traverse le canal Philippe Lamour, et une fois dans la ville je trouve partout ces pochoirs sur les murs ou boîtiers techniques des maisons. Je demande une explication à deux policiers municipaux arrêtés à un stop : ces sont des empègues. Dont voici la raison : L’étymologie du mot est occitane, « empeguar » signifiant « coller ». La racine du mot est « pègue » qui désigne toutes sortes de colles.

Ces dessins sont réalisés par les jeunes du village, les Abats, dans le cadre des fêtes votives des pays de la Petite Camargue, des Costières et de la Vaunage. Au début du XXe siècle, il s’agissait de fêter le départ pour le service national des jeunes hommes qui venaient d’avoir 18 ans. C’étaient les conscrits de « la classe » d’âge. De nos jours, ce sont souvent les équipes de jeunes (filles et garçons) organisés en bandes portant le même t-shirt qui, pour financer leurs réjouissances passent de maisons en maisons vendre « le fougasset ».

Bref c’est comme Halloween, mais avec les sous les jeunes vont faire la fête !!

A la sortie de Codignan pause café, le premier depuis dimanche, et je ne peux pas manquer de prendre un flan, le meilleur du département selon les amateurs.

Petit rappel : 1600km vers St Jacques, je n’en ferai que 828 … c’est bien déjà. Et puis au moment de tourner à gauche sur la carte je zigzag … impossible de trouver le chemin entre une décharge et un champs labouré … Et bien en fait le tracteur que je vois est pris en flagrant délit de labourage du chemin !!! Comment agrandir son champs à pas cher … grrr …

Après cet épisode je reprends les études sur les papillons avec ce spécimen ainsi que quelques escargots réfugiés au creux d’un arbre alors que les températures montent. A Gallargues le Montueux, dont je comprendrai le nom en m’en éloignant, je trouve cet ancien hôpital et accueil de pèlerins sur la voie de Saint Jacques. Et juste à côté le restaurant du croc-au-sel, quelques spécialistes s’y reconnaîtront je les laisse discuter du sujet … un heron au croc-au-sel aurait déjà été cuisiné.

La mairie de Gallargues mets tout en œuvre pour préparer les festivités de début mai avec lâcher de bêtes à cornes (pas les escargots) en ville : des barrières sont prévues un peu partout, impressionnant.

Après avoir descendu le mont de Gallargues, on comprend mieux le nom que porte la ville de loin, je cherche un coin ombragé et frais pour le déjeuner. Filament c’est au pied d’un ancien pont romain sous un gros chêne que je m’arrête. Et je peux enfin déguster mon meilleur flan du département, @seb si tu lis ces lignes …

Après quoi je repars rassasié. A la sortie de Villetelle peu avant mon arrivée sur Saint Christol, je trouve cette petite rue au nom inquiétant et je comprends mieux en voyant qu’elle est réservée aux seuls riverains : étranger passe ton chemin … Je me disais que le chemin était un peu trop brumeux quand au détour d’un virage on enchaîne sur un chemin cahoteux, encombré de cailloux ou plutôt de blocs de pierre encastrés verticalement : je me félicite d’avoir des chaussures Hang Van qui me tiennent bien la cheville. C’est un jeu d’équilibriste à chaque pas. Et en plus un rigolo propose un jeu d’équilibriste pour marmottes juste avant d’entamer une belle côte. Mais le chemin en vaut la peine. Vue magnifique sur la Roque de St Sériès.

Demain j’approche de Montpellier et du 1er mai : il va falloir gérer …

Au diable Vauvert !

Aller au diable Vauvert, c’est aller très loin. Et j’y suis à Vauvert au terme de cette étape. Mais il me reste pas mal de chemin pour atteindre la destination finale. Il y a d’autres explications sur cette expression, mais la ville de Vauvert en est une parmi celles-ci.

Donc celle-ci était assez courte avec 19km et quelques. Au départ, j’ai retrouvé sur les pavés de Saint Gilles une marque du chemin de Compostelle, la même qu’au pied de la tour Saint Jacques à Paris. À la sortie de la ville, il faut emprunter le chemin du cougourlier, nom d’un marais dans lequel les manades locales ont leurs taureaux d’élevage. Le profil du marcheur prodigue des indications sur la direction et les distances avant les prochaines étapes. Et cette belle vache n’est pas de celles qui courent dans les arènes, elle est plutôt comme ses copines de l’Aubrac.

Les cultures du coin sont uniquement de la vigne et des vergers d’abricot, de cerisiers. Et étonnamment, des vignes nouvelles sont encore plantées…

Un patou surveille nonchalamment la route que nous empruntons et j’avoue ne jamais être à l’aise avec ces chiens… je passe bien à l’écart. Le chemin nous fait suivre un canal qui irrigue ces immenses plantations, d’énormes barrières gèrent le débit.

Les hirondelles filent sur ce canal et se réfugient sous les ponts pour nicher.

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À mi-chemin entre St Gilles et Vauvert, un nouveau marcheur nous fait signe. La région Occitanie, dont la croix orne les ponts, consacre bien ce parcours en organisant les balises de direction. Ce rouleau croisé en chemin conviendrait parfaitement pour aplanir mon gazon aussi bien que notre piste d’aéromodélisme au sein de mon club.

Les travaux agricoles dans les parcelles vont bon train ce matin, pas contre-méfiance avec les dispersions de fongicide sur les arbres fruitiers… Les conducteurs d’engins sont équipés de masques à gaz qui n’ont rien à envier à ceux de 14-18 !

Et voici les chevaux et les vaches typiques de la région de la Camargue qui se trouve à moins de 10km. D’ailleurs, les moustiques sont bien présents aussi.

En arrivant sur Vauvert, je ne manque pas cette fleur d’églantier et ce figuier dont les odeurs sont si douces. Je déjeune d’un sandwich en compagnie d’un personnage qui nous accueille à l’entrée de la ville sur le chemin.

Une fois entré dans la ville ce sont des pavés de la voie Tolosana, nom consacré de la voie d’Arles, que je retrouve. Bizarrement je coupe la rue Barbes mais je ne suis pas à Paris !!!

Il y a Vauvert un arène de courses de taureaux, je ne pense pas qu’il y ait des corridas. Néanmoins en face de l’entrée des arènes, de l’autre côté du parking, on trouve un vétérinaire !!! Pas vu de plaque pour un médecin ….

2km après Vauvert me voici rendu dans le gîte Echo-vert de ce soir … c’est un peu la cour des miracles. On verra demain !

Vers Saint Gilles

Départ ce matin vers St Gilles après une photo de groupe.

Gabriella, Bénédicte et Simone

La première étape annonce 22 ou 23km, pour une mise en jambe c’est long. Et la météo s’annonce belle et chaude.

La sortie d’Arles se fait en longeant le Rhône et nous le traversons au pont de Trinquetaille. Puis direction Fourque et le GR42, variante du GR 653, qui nous amène sur les berges du petit Rhône. Je le suivrai seul, les filles sont plus lentes et discutent. Des pompes au diesel alimentent directement du petit Rhône en eau les champs de l’autre côté de la digue. Les sillons sont alignés côte a côte et l’eau est diffusée par compte gouttes.

Le paysage sera monotone toute la matinée ainsi et le soleil monte à la verticale en chauffant de plus en plus. Chaque occasion de se distraire est bonne, un avion, un Canadair, un escargot ou un lièvre détalant dans les vignes.

Première coquille du chemin vers compostelle trouvée sur une des nombreuses barrières bloquant l’accès à la digue. En contre bas de la digue il y a de temps en temps des mas, fermes des cultivateurs locaux, et aussi cette très belle villa avec piscine … La chaleur me donne envie d’y plonger mais c’est déjà l’heure du dej et de la pause. 13km parcourus à midi c’est bien. L’ombre d’un arbre apporte un peu de répit avec le soleil mais ils sont bien rares.

En traversant le petit Rhône pour me retrouver sur la bonne rive vers St Gilles je change de département, c’est le Gard désormais après les Bouches du Rhône. Et je croise une silhouette familière.

St Gilles est la quatrième ville de pèlerinage au XIIeme siècle après Rome, Jérusalem et Saint Jacques de Compostelle. On le voit en arrivant dans celle ci avec toutes ces marques de coquilles visibles dans le mobilier urbain.

Une fois arrivé au gîte communal, petite visite de l’abbatial, la crypte immense qui est dessous,

A l’extérieur une tour a résisté à la révolution avec son escalier en colimaçon de pleines pierres, un monument visité par les spécialistes du sujet du monde entier : les pierres ont été taillées suivant la méthode de la stéréotomie. A cette époque pas d’ordi, ni d’impression 3d pour tester …

Demain étape un peu plus courte, direction le diable … mais vous en saurez plus demain.

Recommandation musicale du jour qui était de circonstance car je l’ai écoutée au bout d’une heure de marche …

Arles, ici Arles !

Le premier départ s’est fait de la maison, Véro m’ayant accompagné à la gare de Chessy, gare TGV, et lieu de villégiature estivale de quelques hirondelles. J’en vois de moins en moins … signe du réchauffement ou de la disparition des espèces ? Dans les deux cas ce n’est pas top …

Arrivé dans la ville du départ officiel après 4h de train. Et pour revenir 40 jours devant moi et 828km d’après Visorando, un point culminant à 1000m environ et autant de dénivelé positif que négatif. Les premiers jours seront plats, puis ce sera le parc naturel du haut languedoc et les flancs de la montagne noire du km 140 au km 320, avant Castres. J’ai donc une petite semaine pour me mettre en jambes, des étapes de 20km environ, avant les étapes plus corsées.

Mon premier parcours de longue distance en marchant date de 2023, de Paris à Saintes. En discutant avec une collègue de bureau, que je croisais parfois dans le bus de la défense à Bois Colombes, elle me racontait ses quelques jours de marche tous les ans avec un groupe d’amies sur la voie du Puy. Je pense que j’aimais marcher mais jamais sur de longues distances et longtemps.

Puis en 2022 je suis tombé par hasard sur une interview de Hervé Pochon, animateur interviewer de radio sur France Inter, qui expliquait que s’étant fait virer de celle-ci, pour cause de « jeunisme » dans les effectifs, il a dû se convertir. Et poussé par ses enfants il a adopté le format du podcast, en faisant des randonnées au long court durant lesquelles il rencontre et discute avec des inconnus. 2022 donc il se lance sur la voie de Tours, partant de chez lui puis la tour Saint Jacques vers Compostelle.

Du coup en 2023 je me lance et fait Paris-Saintes, 500km et un mois

2024 récidive sur la voie du Puy en Velay et je rallie Saint Jean Pied de Port, 800km et 40 jours.

Dans son podcast Hervé Pochon pose une question pour faire parler ses interlocuteurs : sur Compostelle quel est votre but ? Sur la diagonale du vide qu’est ce qui vous rend heureux ? Là il est reparti sur la méridienne, Dunkerque Perpignan, avec qui vous inspire ?

Je peux dire que Hervé Pochon m’a inspiré pour me lancer dans ces marches : c’est possible, on sort d’une zone de confort, on reprend contact avec l’essentiel, on se rapproche de sa famille et ses amis en s’éloignant, bizarre mais concret.

Et me voici arrivé à destination, hébergé chez Bénédicte, recommandée par le guide MiamMiam-DoDo, Bible du marcheur de chemins.

Après un Inoui (TGV) et deux Zou (TER), et oui ça ne s’invente pas, l’après midi une fois arrivé en Arles (les arlésiens disent à Arles) est consacré à la visite de la ville.

Les arènes, le théâtre antique et son jardin d’été attenant, le cloître Saint Trophisme (excellent pour sa fraîcheur dès que les degrés montent), le parc des ateliers avec sa tour luma et son parc, et enfin le Alyscamp. Je vous mets tout cela en photo, agrémenté de fleurs et batraciens :

La recommandation musicale du jour m’a été soufflée, elle est une création de 1963, une bonne année. Bob n’était pas très optimiste déjà …

Après une journée de 10km dans la ville le dîner de Bénédicte fut délicieux, en discussion avec deux autres hôtes au départ de Arles demain matin. Avec ce nouveau jour commencera le parcours …